INTERVIEW DE L'AUTEUR ARYL RAPHAËL FELIHO

Aryl Raphaël FELIHO


Littérature & Culture : Aryl Raphaël FELIHO, Bonjour.
Aryl Raphaël FELIHO : Bonjour Chédrack DEGBE.

L&C : Vous êtes l'auteur du tout nouveau roman "Les enfants du lac maudit", une aventure pittoresque de deux frères aux comportements diamétralement opposés mais  infectés au même degré par le virus de la réussite. Dites-nous, d'où avez-vous puisé cette inspiration plutôt inédite ?

ARF : De prime abord, je tiens à vous remercier pour cet échange qui me permettra un tant soit peu d’aborder certaines thématiques du roman. J’adresse, par ailleurs, mes sincères remerciements à toute l’équipe de ma maison d’édition ‘’Savanes du contient’’ pour le travail accompli. Pour revenir à votre question, je peux affirmer que j’ai enfilé le manteau d’un simple observateur des phénomènes sociaux dans le dessein de dépeindre le vécu quotidien des sans voix. Cette posture me permet, justement, de faire une analyse basée sur l’orientation contre nature qu’impose la société à ses membres les plus nobles. Il s’agit malheureusement d’une réalité commune à de nombreux jeunes de la société contemporaine.       


 

L&C : Tanguy, le frère aîné le personnage principal de votre livre frôle le succès à maintes reprises et y parviendra plus tard par des moyens vicieux. Est-ce là une formule que vous proposez aux réelles victimes de l'insuccès dans la vie quotidienne où s'agit-il alors – comme vous le disiez plus haut – d’une simple caricature de la société contemporaine qui parfois refuse le bonheur à ses plus sages enfants ?

ARF : Comme je l’avais précédemment souligné, il s’agit d’une orientation contre nature, du rejet d’une société dans laquelle la morale et le mérite se positionnent au fin fond de la pyramide des règles de conduite. Cela étant dit, en tant qu’être humain et homme de droit, je ne saurais en aucun cas cautionner cette déviation amorale. Pour preuve, je colle à chaque déviation du personnage principal, une répression pour attirer l’attention des lecteurs sur les conséquences y afférentes.    

L&C : Le frère cadet Isaac, un miraculé de l'émigration clandestine connût le succès après moult expériences, de la traversée de la Méditerranée, jonchées des pires moments de sa vie. Sériez-vous peut-être entrain d'encourager les jeunes africains à se livrer aux énormes risques de l'aventure qui selon votre roman peut quand-même conduire à la fortune ?

ARF : Mon intention est de décrire les risques auxquels sont exposés les candidats à la traversée du Sahara et de la Méditerranée afin de dissiper dans l’esprit de mes frères africains, l’illusion qu’ils se font de l’Occident. Les spoliations, les tortures, les drames qui constituent le champ lexical de cette aventure caricaturable à un labyrinthe sont autant de sujets abordés dans le roman. De plus, Il y est clairement démontré que la réussite en Occident en plus d’être incertaine est réservée à un nombre infime de personnes et qu’on ne peut avoir un toit sécurisé que chez soi.

L&C : Les deux frères ainsi que leur père Kolé connurent tous à un moment donné une descente aux Enfers après une bonne période de félicités. D'ailleurs, Kolé y succomba en se suicidant par pendaison. Dites-nous Aryl Raphaël FELIHO, devons-nous lier le tortueux destin de ses personnages de votre ouvrage au lac Tanké - de Boka leur village natal - qui contiendrait des corps sans vie et qui hante donc conséquemment leur existence ?

ARF : Le lac Tanké symbolise l’impuissance des villageois face aux difficultés quotidiennes de la vie et face au manque de solidarité des autres membres de la communauté. Ce lac qui constitue un obstacle permanent qu’ils doivent franchir avant de vaquer à leurs occupations, ne peut que conditionner leur existence puisque l’anxiété qu’il suscite agit sur la psychologie de chacun d’entre eux. La peur constante que ressentent les villageois à chaque traversée du lac les laisse certainement douter de leur propre devenir. Le tragique destin des personnages peut donc être lié au lac. 
  
L&C : La passion, l'excellence au travail et la maltraitance des enfants sont autant de thématiques qu'aborde votre bouquin au regard des faits et gestes de Isaac, Tanguy et sa tutrice Djénéba. Pouvez-vous nous évoquer d'autres thèmes traités que vos lecteurs devraient retenir ?

ARF : En plus de ces thématiques, le roman traite également de la politique, du népotisme, de la trahison, de l’immigration et de la criminalité. Ces différentes thématiques ont été minutieusement choisies pour mieux traduire la réalité des jeunes de l’Afrique subsaharienne. 

L&C : Cette première publication, s'il était un coup d'essai, s'avère aussi un coup de maître au regard des intrigues qualitativement agencées - à l'intérieur du livre - qui nous dévoilent un auteur suffisamment talentueux et qui a de la matière. À quoi, vos lecteurs devraient-ils s'attendre prochainement ?

ARF : C’est un honneur pour moi de recevoir les compliments d’un aîné de votre carrure ! J’essaierai d’améliorer ma plume pour mieux faire voyager mes lecteurs au milieu de ce mixage entre réalité et fiction. La société évoluant avec l’apparition de nouveaux phénomènes sociaux, je promets très prochainement une histoire aussi passionnante que celle-ci avec pour principal fil conducteur les problèmes sociaux. Pour le moment je préfère garder le suspense car le monde littéraire au Bénin est en plein essor et nécessite de fignoler sa plume.          

L&C : Votre mot de la fin.

ARF : Je tiens à saluer vos efforts quotidiens pour la promotion du livre et de la lecture au Bénin. Merci de constituer un canal de communication entre les auteurs et les lecteurs. Mon objectif à travers cette première œuvre est de toucher la sensibilité de mes lecteurs afin qu’ils situent leur position dans ce cercle vicieux en faisant une autocritique. 

Propos recueillis par Chédrack DEGBE

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