INTERVIEW DE L’AUTEUR RICHARD ADODJEVO

Richard ADODJEVO


Littérature & Culture :
 Richard ADODJEVO, bonjour.
Richard ADODJEVO : Bonjour Chédrack DEGBE.

L&C : Enseignant de Français et Chroniqueur, vous êtes aussi diplômé en Droit Public et en Administration des Ressources Humaines. Né le dimanche 29 Mars 1987 à Parakou, vous êtes auteur des chroniques « Politique étranglée », du tout nouveau recueil de nouvelles Djèhami et co-auteur de l'anthologie Rafale de plumes contre la Covid-19Richard  ADODJEVO, que peut-on ajouter à votre présentation ?

RA : Je voudrais juste ajouter que je suis le Président du Club RFI Parakou depuis 2008. Je suis aussi le représentant des Editions LAHA pour le compte des quatre départements du Nord-Benin où nous travaillons à fournir des manuels scolaires et des ouvrages littéraires (romans, recueil de nouvelles et de poèmes) au public à des coûts très accessibles.

L&C : D'où détenez-vous cette passion pour la littérature ?

RA : Je suis entré en littérature comme on entre en religion. Exutoire, c'est devenu pour moi une question de foi. J'ai été nourri par l’écriture de mes aînés béninois à l’instar de Olympe BHELY-QUENUMJean PLIYAFlorent COUAO-ZOTTI, de même que les œuvres de CésaireSenghor et Hugo. Je n'ai pas débarqué dans le monde des lettres par hasard ou comme un OVNI. J'ai fait le commerce préalable avec les textes de mes prédécesseurs, quels qu'ils soient. Je m'inscris dans une tradition littéraire.

L&C : Que comprendre de "chronique" et de "nouvelle"?

RA : Ce sont tous deux, des genres dans le monde des lettres. Mais retenons concrètement que la nouvelle est un genre littéraire, une brève fiction avec peu de personnages et une intrigue intense qui finit par une chute. Quant à la chronique, c'est beaucoup plus un genre journalistique dans lequel un journaliste opine sur un aspect de l'actualité politique, socioéconomique, scientifique, littéraire, etc.

L&C : Que signifie DJEHAMI, le titre de votre recueil de nouvelles?

RA : C’est à mon préfacier que je dois la plus belle approche définitionnelle de ce titre. Pour Abdel Hakim LALEYE : «Djèhami en langue fongbé est une métaphore de bien-être, c’est le porte-bonheur qui offre à celui qui s'en approche ou qui se retrouve dans sa proximité, la joie, la paix, le rayonnement. Ce nom ne se donne pas au hasard. C'est à un être, à une femme à qui généralement on le fait porter pour annoncer un futur prometteur. Djèhami flatte aussi l’ego des parents qui donnent ce patronyme à leur fille. Djèhami, c’est aussi la promesse d’un talent qui va compter en littérature béninoise.». J’ajouterai que ce titre est original, identitaire et vendeur. La plupart de mes personnages se retrouvent facilement dans le fonctionnement de ce personnage éponyme.

L&C : Comment comprendre vos personnages, leur résilience ?

RA : Nous avions construit nos récits comme des chroniques ordinaires. Ce sont des réceptacles d'histoires d’hommes et de femmes pris dans les tourbillons de la vie quotidienne, des vécus singuliers portés par l’amour, la jalousie, la haine, la concupiscence, la morbidité quand ce n’est pas la mauvaise foi, la fausse dévotion, la prédation sexuelle et j'en oublie. Ce sont des personnages fragiles mais qui démontrent devant chaque péripétie leurs capacités de résilience, leurs faiblesses récurrentes en même temps que leurs forces de caractères, exactement comme des êtres de chair et de sang, c’est-à-dire finalement comme vous et moi. Dans mes récits, je ne me contente pas de nommer, c’est-à-dire, de donner sens et signification aux situations que je décris avec habileté. Je montre également les choses dans leurs âpretés comme dans leurs nudités, tantôt avec un parti pris flagrant, parfois en jouant sur une fausse neutralité, mais avec, à chaque fois, une morale évidente pour le lecteur.

L&C : Revenant au titre DJEHAMI, que retenir de la toponymie et l'onomastique dans vos écrits ?

RA : C'est là un aspect qui éclatera forcément aux yeux du lecteur de nos récits. C'est conçu exprès. Les référents spatiaux et onomastiques qui donnent à mes récits une identité géographique et culturelle fortement connotée. Ici, l'espace de vie où s’affirment et se déploient les personnages est bien visible avec des villes nommées comme Parakou, Dassa-Zoumè, Cotonou, des paysages connus et familiers. Avec les descriptions des quartiers de ville, des points ou aspérités incontournables de certains paysages, on arrive aisément à se situer et à se retrouver. Mais c'est avec les noms donnés aux personnages que les références identitaires s’affirment de manière plus forte. Djèhami, la deuxième nouvelle qui donne son titre au recueil, plonge le lecteur dans des rôles-destins, avec des personnages qui ressemblent aux noms qu’ils portent même jusque dans le tragique des situations. Mahussin, Mahuxwé, N’Djèmin, Kussi, Kusso et autres offrent à ceux qui sont habitués à décrypter les noms par rapport à la trajectoire des destins, une anthropologie de l’aire culturelle de la famille Adja-yoruba, cette culture qui domine une bonne partie du Bénin, du centre au sud. Pour parfaire toute la synthèse culturelle à laquelle je prétends, vous lirez également des noms puisés dans la culture baatonnu du nord, ma région natale. Ainsi, on suivra les prouesses d'un certain commissaire Taboussounon (le chef des guerriers) dans la première nouvelle #À MOITIÉ NUE ou les errances d'un Tambwanrou - un malade d’amour - dans la troisième nouvelle #LA FILLE DU BAR.

L&C : Parlez-nous des thèmes développés dans vos récits ?

RA : Mes lecteurs qui ont le privilège d’avoir ce régal culturel en leurs mains découvriront plusieurs thèmes. J’aborde non seulement des thèmes traditionnels portés par la littérature négro-africaine d’expression française mais aussi des thématiques actuelles au cœur de l’écriture contemporaine. Ainsi vous allez voguer sur les vagues de l’amour avec tous les sentiments alliés, goûter à la misère socioéconomique, voir le fragile statut de la femme et toucher du doigt la menace terroriste et sanitaire qui plane sur le monde entier.

L&C : Ce recueil est incontestablement une promesse. Qu'est-ce qui va suivre ?

RA : Ce sont comme les qualifie mon éditeur et Aîné LAHA, des bourgeons que je viens de lancer sur le marché avec ces premiers récits issus de la fiction littéraire. Le défi est de voir fleurir ces bourgeons pour que chacun puisse consommer à satiété les fruits pour son bien-être. C’est là un droit pour mes lecteurs et un devoir que je m’engage à honorer conformément à la mission de l’écrivain dans la société. Un roman est déjà écrit et le processus d'édition est en cours. Bientôt donc #LES RÊVES DE FATI pour le bonheur de mes lecteurs.

L&C : Où peut-on se procurer votre recueil de nouvelles ? Combien vaut-il?

RA : Ce recueil est disponible à un prix très étudié de 2000 F CFA au siège de LAHA éditions à Cotonou, dans ses représentations sur toute l'étendue du territoire national, dans les librairies partenaires. Mieux pour ceux qui sont dans le nord, il suffit juste de me contacter pour avoir leurs exemplaires. Le livre est également disponible dans les agences de la Poste du Bénin.

L&C : Il y a-t-il des extraits que vous souhaiteriez partager avec nous?

RA : Au plaisir de mes lecteurs en attendant que chacun déguste son exemplaire.

« Houéfa accompagna Adoris au parc Cncb, point de départ et d’arrivée des bus. Ils furent brutalement accueillis par une horde de racoleurs. La réservation contrôlée, le passager fut installé sur son siège dans l’un des rares bus climatisés de la flotte en partance. Debout dans un coin, tel un muezzin sans minaret et en attendant la levée des barrières, la jeune femme observait comme une discrète caméra d’Envoyé spécial, les violents agissements de ces braves gens qui se battent sur chaque voyageur qui entrait dans la gare. Ce parc est une véritable jungle dans la ville. Il faut être rusé et enragé pour tirer son épingle du jeu. Les hommes et femmes qu’elle dévisageait se comportaient pareillement aux renards et aux hyènes. Dans une atmosphère infestée d’injures, ils se battaient comme de beaux diables afin de s’assurer la maigre commission journalière, l’unique pitance qui nourrirait les nombreuses bouches nées sans planning familial. »
P25, À moitié nue

« Chacun se faisait une raison sur ce qui s’était réellement passé sans toutefois approcher la vérité des faits. Les uns accusaient de sorcellerie le pauvre Innocent tandis que les autres y voyaient une sanction divine de la compromission de Mahussin. Quant au père N’djèmin, dans son cœur, il était conscient que c’était le résultat du mal qu’il a impuissamment vu germer. Le Recteur savait ce qui se passait et craignait désormais le pire. Le temple de Dieu fait son grand nettoyage. Dieu réglait ses comptes avec les loups de son troupeau. Entre Kussi, lui-même et d’autres tapis dans l’ombre, à qui le tour ? »
P90, DJEHAMI

« C’était le plus gros qui semblait être le leader du gang, le grand chef. Il sortit un coutelas et lui coupa l’oreille droite. Il s’en servit pour marquer froidement de sang le front de chacun des passagers. Nous étions tous tétanisés par le macabre déroulé. Visiblement, cette barbarie tenait lieu d’avertissement à l’endroit du prochain téméraire qui refuserait de se soumettre. Il subira pire que cette sanction. Nous pensions qu’après cette première récolte, il nous laisserait continuer notre chemin. Erreur. Ce n’était que le début de nos peines. Les braqueurs nous demandèrent de descendre un à un du long véhicule. Nous le fîmes en file indienne dans un silence de cimetière. N’est-ce pas à l’abattoir qu’on nous conduisait ? »
P98, LA FILLE DU BAR

« C’était bien Bola. Elle était dans une file de femmes et d’hommes revenant certainement d’une veillée matrimoniale entendu tout le tohu-bohu qu’ils produisaient au passage. Ado ne pouvait se tromper malgré les uniformes arborés. Taille moyenne, forte corpulence, c’était bien elle, drapée d’une robe de Tchinganvi qui couvrait ses rondeurs. Le foulard élégamment enturbanné autour de sa jolie tête accentuait son allure de fière femme africaine. Elle et sa suite longeaient la rue des ouvriers, puis se dispersèrent chacune de son côté. Bola s’était aussi fondue dans cette fourmilière, se hâtant vers le cœur du marché, Ado ne l’avait pas pour autant perdu de vue. Le quasi quadragénaire avait immobilisé son SUV et attendait qu’elle parvînt à son niveau. »
P152, LE PREMIER AMOUR

L&C : Richard ADODJEVO, puisque vous êtes un acteur de la chaîne du livre, dites-nous comment se porte le livre au Bénin ?

RA : Le livre béninois grandit tant bien que mal. Certes, beaucoup d’efforts restent à accomplir mais les acteurs y travaillent. En témoigne la qualité de plus en plus remarquée des productions. Les lecteurs sont de plus en plus exigeants. Le meilleur est à venir avec les nombreuses initiatives qui se prennent ici et là.

L&C : Pensez-vous que les Béninois lisent?

RA : Oh ! La récurrente question. Une vraie problématique. Mais à laquelle, je vous répondrai sans hésiter en disant OUI. Les supports ont beaucoup varié avec l'évolution technique et le livre numérique. J'ai du plaisir à voir petits et grands s'arracher des livres pour lire ou faire des recherches. Certes, on a l'impression que les écrans captent toute notre attention, mais c'est aussi une nouvelle forme de consommation de la littérature. Lire c'est élire, lire c'est réussir, lire c’est vivre mieux. Et nos compatriotes le savent. À titre illustratif, en moins de deux mois de promotion, nous avons déjà écoulé les trois-quarts de notre millier de tirages.

L&C : Quel retour avez-vous des lecteurs ?

RA : Déjà très satisfaisantes les réactions. Toute chose qui m'impose de mieux faire à la prochaine parution. Je sais que je serai désormais attendu. Dieu nous aide au mieux.

L&C : Quelles sont vos sources d'inspiration ?

RA : La nature, l'actualité et mes classes. Je suis enseignant de profession. Mais au-delà de l'inspiration, je planifie beaucoup mes intrigues et les nourris de recherches approfondies pour tenir dans la vraisemblance.

L&C : Votre principal défaut ?

RA : La curiosité et l'impatience.

L&C : Mon plus grand rêve ?

RA : Voir inscrire mes œuvres au programme d'étude au Bénin et dans les pays africains. Je rêve d'une éducation construite autour de nos valeurs pour une formation intégrale de nos apprenants.

L&C : Ma devise ?

RA : «Exelsior, semper excelsior» qui veut dire «Plus haut, toujours plus haut».

L&C : Quels sont les projets de Richard surtout dans le domaine du livre ?

RA : Projets en cours : Exécuter intégralement mon programme de tournée avec le recueil DJEHAMI. Plusieurs dates sont déjà réalisées et plusieurs autres retenues dans l’ensemble du pays où les lecteurs nous attendent avec impatience pour des échanges nourris et muris. À long terme, je pense après le roman en cours d’édition, me lancer dans l’écriture d’une belle pièce théâtrale à la hauteur de Kondo le requin de feu Jean PLIYA.

L&C : Vous êtes professeur, un jour quitterez-vous l'enseignement pour le livre? Le métier nourrit-il vraiment son homme ici?

RA : Pour l'instant, je vois deux passions inséparables : écrire c'est enseigner et je ne peux simplement m'enfermer dans la solitude de l'écriture. Il me faut ce contact et cette douce pression du monde scolaire pour vivre. Sur l’autre volet de votre question, je peux vous dire que l'art ne nourrit pas encore suffisamment son auteur au Bénin, mais la question ne se pose pas à mon niveau. Actuellement, je tends plusieurs cordes sur les extrémités de mon arc. Je préfère voir le verre à moitié plein que vide. Et partout, je vis de ma polyvalence et de mes nombreuses compétences cumulées.

L&C : Votre mot de la fin.

RA : Je souhaite à mes lecteurs un bon voyage littéraire au fil des pages de mes récits. Que de bonheur vous aurez en découvrant la trajectoire de mes personnages qui nous ressemblent. La littérature reste incontestablement le miroir de la société.


Propos recueillis par Chédrack DEGBE

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